Husserl : Détermination de l’intersubjectivité

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La sphère d’appartenance

La présence d’autrui est garante pour l’ego de l’objectivité du monde. Il faut alors que le moi retrouve en lui-même l’assise transcendantale pour s’assurer qu’il y a bien en lui, et uniquement en lui, le fondement de l’intersubjectivité. Il faut alors procéder par une nouvelle réduction phénoménologique. Celle-ci doit ramener l’être du moi naturel à sa sphère la plus propre. Il s’agit d’éliminer tout ce qui est étranger au moi naturel. Cette abstraction par réduction effectuée, il se dégage une sphère cohérente nommée sphère d’appartenance.

Cette sphère d’appartenance se détermine d’abord sous l’aspect d’un corps organique. Mon corps, porteur d’un « je peux », m’est propre. Il s’agit de mon unité psychophysique. A ce corps se trouve attaché un monde où ce corps agit. De là découle un paradoxe : dans la vie la plus propre de l’ego se retrouve ce qui ressortit à ce qui lui est étranger. En d’autres termes, l’ego se constitue fondamentalement en relation avec un être autre qui se retrouve jusque dans sa sphère d’appartenance. Mais cela a également une autre signification : le monde transcendantal se révèle dans le moi et sa transcendance appartient à sa sphère d’appartenance. Le monde transcendant est dès lors immanent à l’ego. Il est monde primordial, monde sur lequel viennent se greffer toutes les intentionnalités autres que les miennes.

Caractères de la relation à l’autre

L’intersubjectivité se constitue comme une expérience qui se greffe sur ce monde primordial , auquel elle ajoute le sens de monde objectif. Ce dernier apparaît alors comme une visée intentionnelle d’une harmonie d’autres moi monadiques que l’ego, harmonie qui seule rend possible l’accord sur l’objectivité d’un monde. C’est donc sur l’intersubjectivité qu’est fondé le monde objectif. Autrui se révèle au moi sur le mode de l’apprésentation : l’apprésentation est le mode selon lequel autrui se présente dans une intuition comme subjectivité originale radicalement autre. Cette apprésentation consiste en ce que l’ego est toujours donné en même temps avec son autre. Une telle donation est possible par l’accouplement. L’accouplement est une synthèse passive par laquelle le corps autre que celui du moi apparaît comme un organisme, c’est-à-dire comme un corps qui manifeste indirectement la présence d’autrui.

Constitution de l’objectivité

La première forme d’objectivité est la nature , laquelle consiste en l’union de ma sphère primordiale avec celle d’autrui, rendue possible par l’accouplement et l’apprésentation. Parce que moi et autrui pouvons nous interchanger intentionnellement, les sphères primordiales respectives se fondent en une seule qu’est la nature, invariant parmi toutes les variations intersubjectives intentionnelles possibles. Sur cette nature se greffe un monde humain, lequel suppose l’objectivation des relations intersubjectives et leur élaboration dans une sphère intentionnelle de degré plus élevé que le précédent. Ce monde humain lui-même suppose plusieurs degrés possibles qui viennent s’étager les uns sur les autres, formant ainsi ce que l’on nomme du terme générique de culture.

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Husserl : La subjectivité transcendantale

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L’apodicticité de l’ego cogito
Si l’on recherche, à la manière de Descartes, un point d’appui sur lequel nous pouvons fonder une science certaine, nous sommes conduits à la notion d’évidence qui seule peut prétendre fonder absolument toute science. Toute évidence correspond à ce qui se donne en soi-même dans la conscience. Toutefois, l’évidence admet plusieurs degrés s’échelonnant de l’insuffisance à la perfection. L’évidence parfaite consiste en l’adéquation absolue entre l’intention d’évidence et l’intuition qui vient remplir cette évidence. Parmi les différents types d’évidence, l’apodicticité constitue un cas particulier : elle est l’évidence indubitable, qu’elle soit parfaite ou non. Pour qu’une science soit fondée, elle nécessite une évidence apodictique qui lui serve de principe. Or, nous découvrons tout ce qui ne possède pas une telle évidence par l’épochè phénoménologique, c’est-à-dire que ni les sciences de la nature ni notre expérience mondaine ne peuvent nous l’offrir. Seule notre subjectivité transcendantale, qui résulte de l’ego cogito, peut nous servir de principe indubitable.
Nature et structure de la subjectivité transcendantale
Cette subjectivité transcendantale correspond à la vie du moi qui se découvre une fois la réduction phénoménologique effectuée. Son champs est celui des multiples pensées, les cogitationes, qui se dévoilent lorsque l’on porte un regard réflexif sur le flux de la conscience. Cette dernière se caractérise par l’intentionnalité, c’est-à-dire qu’elle est toujours visée d’un objet, le cogitatum, et que cet objet fait partie intégrante d’elle-même. Cette structure duelle fait que le champ transcendantal peut être exploré selon les modes de l’acte de penser, l’aspect noétique, ou selon les modes de l’objet intentionnel, l’aspect noématique.
L’intentionnalité de la conscience sous-entend qu‘elle se définit aussi comme unité synthétique. Non seulement le noème individuel  est synthèse de différents moments, mais la vie de la conscience elle-même, en tant qu’unité, est synthétique. La modalité de la synthèse de la conscience est la temporalité et ce, suivant deux directions : la protention et la rétention.
La conscience fait apparaître ses objets selon l’actualité ou selon la potentialité. L’actualité désigne que l’objet est visé en acte, tandis que la potentialité désigne que l’objet est à l’horizon de l’activité de la conscience, qu’il peut devenir objet intentionnel actuel, mais qu’il ne l’est encore que sur le mode du « pouvoir devenir actuel ».